Du 13 septembre au 1er novembre 2026

Swan Scalabre - Communiante n°2

Swan Scalabre, « Présences et disparitions »

Dans les peintures de Swan Scalabre, le temps semble s’être arrêté. Ses petits formats, intenses comme des concentrés de souvenirs, font surgir des visages, des silhouettes, des fragments de vie qui pourraient être les photographies d’une époque révolue. Tout y paraît familier et pourtant insaisissable : des moments en suspens, flottant entre présence et disparition.

L’huile sur bois, travaillée dans une pâte fluide, dessine des traits courbes mais décidés. Entre fleurs, nuages et ciels tourmentés, les figures semblent traversées par un souffle léger : on pourrait y entendre le murmure du vent. Quelque chose du romantisme affleure, mais la douceur n’exclut jamais la force.

Car cette peinture, d’apparence presque naïve, est trompeusement simple. Sous la délicatesse des images se révèle un geste d’une grande sûreté, précis, libre et profondément déterminé. Rien ne semble appuyé, et pourtant chaque ligne, chaque matière, chaque lumière paraît pensée.

Entre repli intérieur et ouverture au monde, les peintures de Swan Scalabre nous conduisent vers ce qui demeure lorsque les êtres, les lieux et les instants commencent à disparaître : une mémoire sensible, fragile et obstinément vivante.

Vous pouvez écouter, ci-dessous, une audio-description de l’oeuvre “Secret gardé n°2”,
– visuel de l’affiche d’exposition, à retrouver sur la page “accueil” –
réalisé par l’artiste à l’attention des personnes malvoyantes.

Denis Puech - "Oh, je sais..."

Denis Puech, “Situations 7”

Denis Puech, « Situations 7 »

Habitant du Couserans depuis près de quarante ans, Denis Puech y a longtemps été très impliqué dans la vie locale. Aujourd’hui, c’est le peintre que nous invitons à découvrir à travers cette nouvelle exposition.

Dans son atelier, plusieurs séries avancent en parallèle. Denis ne travaille pas par périodes successives : il alterne les thèmes qui l’habitent, y revient, les laisse mûrir avant de reprendre le pinceau.

Une part importante de l’exposition est consacrée à Sète. La ville occupe une place particulière dans son parcours. Son père y est né et il y passait ses vacances d’enfant. Il garde notamment le souvenir d’une maison située sur les hauteurs du mont Saint-Clair, avec la mer à perte de vue. Aujourd’hui encore, il retourne régulièrement dans cette ville, carnet de croquis à la main. Il observe, dessine, retient une lumière, un point de vue ou une perspective qui nourriront ensuite ses tableaux.

Sète est aussi une ville de peinture. Enfant, Denis entend parler de « l’École de Sète ». Le nom l’impressionne. Il évoque pour lui un univers presque initiatique. Plus tard, il découvre la nouvelle figuration, avec Robert Combas, les frères Di Rosa et d’autres artistes qui renouvellent la peinture figurative. Aujourd’hui encore, avec le FRAC, le musée Paul-Valéry et ses nombreuses galeries, Sète reste une ville où la peinture est très présente. Un environnement qui lui donne envie d’apporter, à son tour, sa propre vision de la ville.

Mais Denis ne cherche pas à peindre un paysage comme un simple instantané. Ce qui l’intéresse, ce sont les situations. « J’aime les tableaux qui relatent des situations », explique-t-il. Un ciel juste avant l’orage, un moment juste après qu’un événement s’est produit, une scène où l’on devine qu’il s’est passé quelque chose sans que tout soit raconté. Derrière l’image, il faut qu’il y ait du sens.

« Ma peinture est ancrée dans le réel. Ce n’est pas du réalisme, mais une interprétation du réel. » Cette idée traverse toute son œuvre. Peut-on parler de peinture sociale ? « Oui et non », répond-il. Il y a, selon lui, un fond social dans son travail. Certaines toiles sont même de véritables manifestes, notamment les peintures « annotées-connotées ». Mais, la plupart du temps, il cherche simplement à décrire la vie telle qu’elle est. « Et la vie, elle est sociale, par essence. »

La condition humaine est au cœur de cette réflexion, tout comme la condition féminine. Denis est sensible aux rapports de domination et au chemin qu’il reste à parcourir vers une égalité réelle entre les femmes et les hommes. C’est un sujet qui le touche profondément et qui revient naturellement dans sa peinture. Pour autant, il revendique aussi le plaisir de peindre les corps. Comme les peintres de la Renaissance avant lui, il voit dans la figure féminine un sujet de peinture à part entière, sans qu’il soit toujours nécessaire d’y chercher un message.

Certaines œuvres prennent un autre chemin. Dans ses peintures « annotées-connotées », le texte dialogue avec l’image. Une phrase, un commentaire ou un dialogue, parfois écrit en alexandrins, vient créer un décalage avec la scène représentée. C’est précisément ce jeu qui l’intéresse. L’humour provoque un léger basculement et invite le spectateur à regarder autrement.

Une autre série, importante dans son travail mais absente de cette exposition, est consacrée à la guerre. Après la Tchétchénie, Denis travaille aujourd’hui autour du conflit en Ukraine. Ces toiles montrent comment la guerre s’immisce dans le quotidien, parfois par de simples détails, comme un canapé rose au milieu d’un intérieur, tandis que le conflit se poursuit en arrière-plan. Une manière de rappeler que ces événements, même lointains, font partie du réel auquel il ne peut se soustraire.

Chaque tableau commence pourtant de façon très simple. Dans ses carnets s’accumulent de petits croquis d’une dizaine de centimètres. Ils fixent une idée, une composition, un équilibre. Certains resteront à l’état d’esquisse, d’autres deviendront de grands formats, parfois construits selon la technique traditionnelle de la mise au carré.

Peintre, Denis Puech est aussi écrivain. Il publie plusieurs romans aux éditions Le Nantais Rouge. On y retrouve la même attention portée aux personnages et aux situations, mais cette autre facette de son travail mériterait, à elle seule, un nouvel entretien.